Le Beverley, dernier cinéma pornographique parisien, ferme ses portes.

Le 23 Février dernier, le Beverley, vestige du cinéma pornographique parisien, ferme finalement ses portes. Son propriétaire, Maurice Laroche, enclenche le projecteur pour ultime fois, après plus de 30 ans de métier. Il avait pourtant décidé un an auparavant de résister encore un peu, par sympathie envers ses quelques fidèles clients. Mais le numérique et le streaming auront finit par avoir raison de cet irréductible gaulois, c’était la dernière salle obscure du genre.

Beverley dernier cinéma pornographique parisien

Dernier clap et salutations aux spectateurs : le Beverley tire sa révérence.

La fermeture était inévitable, à 75 ans, Maurice Laroche prend une retraite bien méritée. Et puis les chiffres parlent froidement et sans détour : le Beverley peine à rassembler plus de 400 spectateurs par semaine. Quand on pense qu’ils étaient plus de 1500 il n’y a pas si longtemps … Enfin, il y a tout de même plus de 20 ans ! Et oui, il est loin le temps où, pour quelques sous et la majorité, on prenait place dans la très obscure salle du petit cinéma, situé à deux pas du Grand Rex.

Aujourd’hui, les habitués du Beverley n’ont pas besoin de montrer patte blanche, ils ont majoritairement plus de 60 ans. Nostalgiques ou réfractaires de l’ère du streaming, ces clients ont prit place une dernière fois, parmi les 90 sièges en skaï rouge. C’était le 23 Février dernier, et comme tous les Samedi depuis des années, c’était soirée couple. Le lendemain, une sorte de vide-grenier improvisé ravira les amateurs de souvenirs vintages. 10 € l’affiche, 30€ le siège, 50€ le film en 35 mm et pour quelques euros de plus, vous repartiez même avec un coffret collector qui retrace l’histoire du Beverley.

Bref, le Beverley, dernier cinéma pornographique de Paris tire sa révérence et c’est un peu de l’histoire de la capitale qui s’en va avec lui.

Le Beverley : temple du cinéma pornographique depuis 1950.

Le Beverley est né en 1950, 14 rue de la Ville-Neuve, dans le IIe arrondissement de Paris. Il s’appelait alors Bikini. Ce n’est que 20 ans plus tard en 1970, que le petit cinéma adoptera son nom de scène définitif. A cette époque, les hommes se bousculent pour apprécier les formes de la célèbre blonde du X, Brigitte Lahaie. C’est l’avènement de la pornographie et la capitale compte plus d’une quarantaine de cinémas de films pour adultes. Le Beverley accueillait alors plus de 7000 spectateurs par semaine.

dernier cinéma porno

En 1983, Maurice Laroche, dessinateur industriel de carrière, arrive en tant que directeur au Beverley. Il se passionne pour la projection de films X et finit par racheter le cinéma en 1993. Cependant à partir des années 90 l’industrie du porno est mise à mal. Avec l’apparition du VHS, puis du DVD avant que le coup de grâce ne soit donné par l’avènement d’internet et du streaming, début des années 2000.

Petit à petit les amateurs de films pour adultes ont délaissé les salles obscures et l’individualisme a fait sa part. Au milieu des scènes POV et des films en réalité virtuelle, le Beverley proposait des vieilles bobines. D’ailleurs, son propriétaire confie au Parisien que ses clients lui manqueront : « certains d’entre eux venaient partager une bouteille de rouge et d’autres, du fromage d’Auvergne« . Forcément, la métaphore du petit village gaulois souvent utilisée par les médias pour parler du Beverley prend tout son sens.

Le cinéma pornographique, c’est la fin ?

C’est un fait que personne ne peut nier, la pornographie a passé un cap. Aujourd’hui le sexe et le plaisir ne sont plus un tabou. Comment pourraient-ils l’être, avec une telle omniprésence ? Entre les centaines de plateformes qui distribuent gratuitement du sexe en streaming, les blogs qui causent sexualité sans langue de bois et les réseaux sociaux qui diffusent tout cela … Qui, aujourd’hui, est choqué par une paire de fesses assise sur un gros membre ?

D’ailleurs les chiffres parlent d’eux même. Selon une étude qui date de l’année dernière, la pornographie représente 10% du contenu total d’internet. Xvideos réunit plus d’audience que n’importe quelle autre plateforme de streaming (oui, même Netflix). 90 % des hommes ont vu un film porno avant d’avoir 18 ans. Enfin, les sites porno du groupe MindGeek reçoivent autant de visite que Twitter.

Pourquoi chercher le plaisir dans de petites salles obscures lorsque l’on a autant de contenu à porté de clavier ? Aujourd’hui avec internet, on trouve absolument de tout et sur mesure. Et puis, il faut dire que l’offre a sérieusement évoluée. Aujourd’hui il existe des casques vr qui reproduisent des scènes chaudes à 360 °. On peut même y connecter un sextoy et se synchroniser avec les mouvement de la vidéo !

Alors, est-ce la fin du cinéma pornographique ? Qui sait, après tout les pantalons pattes d’éléphant sont de nouveau à mode, alors, tout est possible…

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